De l’aventure dans la préparation

La date du vendredi 13 avait l’air d’être une super date comme ça… Mais en pleins milieu des grèves contre la réforme des retraites, c’était toute une aventure de se rendre au RDV à l’ambassade…

Jeudi soir, plus de train. Tous les covoiturages Nantes-Paris sont pris d’assaut. J’attrape l’un des derniers disponibles avec des horaires convenables. J’arriverai à minuit à Porte de Vincennes.
Dans la voiture, le trajet se passe super bien. On a toute une conversation sur l’alimentation et l’importance de lire la composition des produits. Le conducteur s’y connait vachement bien, c’est vraiment intéressant comme échange.
La fille, assise à l’arrière à côté de moi, se rend également sur Paris pour une demande de visa le même jour. Mais à l’ambassade canadienne.
Je m’endors pendant la dernière heure (je suis claquée !). À mon réveil, le chauffeur me dit qu’il peut me déposer à Nation si ça m’arrange. Et carrément que ça m’arrange ! Avec les grèves, si je n’ai pas de transport ça me ferait que 40 minutes de marche au lieu d’une heure. Mais apparemment, la chance est avec moi ce soir là, des bus circulent. Mon chauffeur me dépose par hasard pile devant l’arrêt de bus, et celui-ci arrive à peine 5 minutes après. Plus que 15 minutes de trajet jusqu’à République, là où habite mon frère.

Dans le bus, je me dis que ça commence assez bien mine de rien. Je me fait un petit récapitulatif des événements à venir, ainsi que de tous mes documents : fiche Excel sur la préparation de mon matos, capture d’écran du blog, permis du PCT avec la date de départ, relevé de compte en banque, le livre Wild de Cheryl Strayed (une histoire vraie sur le PCT), et bien entendu mon passeport et mes photos aux dimensions requises.
Ouf j’ai tout. Ou presque… La convocation et la confirmation de la demande de visa !?? Misère, j’ai oublié les 2 documents certainement les plus importants (mis à part le passeport) !!!
Bon Manu, pas de panique. Prenons du recul. Etienne (mon frère) a-t-il une imprimante ? Aucune idée, même si je doute qu’il en ait une. Bon, à quelle heure est le RDV ? 9h15. Aouch… c’est tôt… A quelle heure ouvrent les imprimeries ? 9h00. Double Aouch ! J’écris à Aurore, lui raconte mon terrible oubli et ma panique croissante. Oh que je m’en veut ! Le bus arrive à République. Dans peu de temps je serais chez mon frère, et avec un peu de chance, il me dira qu’il a une imprimante. Aurore me répond, me pose les mêmes questions que je me suis posées. J’arrive chez Etienne. Surprise ! Ma sœur Jeanne est là ! Ahaha ! Génial, ça faisait longtemps que nous n’avions pas été tous les trois. Pas le temps de se réjouir de trop, je leur explique la situation. Etienne n’a effectivement pas d’imprimante chez lui… Mais il commence le taf à 8h demain et me propose d’imprimer le tout au travail ! Houraaah ! Je suis sauvée ! Merci Etienne !!!

Après coup, je lis les derniers messages d’Aurore qui me proposait une solution à peu près similaire : Antoine, son Parisien qui l’accompagnera le lendemain, aurait également pu passer à son travail avant pour m’imprimer mes documents. Merci Aurore et Antoine !

Le lendemain matin, c’est encore la grève… Mon frère prend son vélo. Je décide d’essayer le métro. Une rame sur trois est censée circuler pour la ligne 8. Je prévois un peu large au cas où… J’arrive devant la bouche de métro : les grilles sont descendues. Panique ! J’ai prévu large, mais pas de quoi avoir le temps de marcher jusqu’à la gare de Lyon ! Je me met à courir, courir, courir… 8h15 : j’arrive au taf d’Etienne, je prend les documents, lui fais un bisou, lui dit que je l’aime et je file vers le métro 1 de la gare de Lyon. Là, c’est les bouchons « piétonniers » (oui oui, ça existe). Clairement, on est sérré comme des sardines et on avance à deux à l’heure… Euh… Même pas en faite. On fait du sur place pendant 1 minutes, on avance pendant 15 secondes, et rebelotte. Il est 8h30 et je commence à me dire que ça va être ricraque pour atteindre l’ambassade près de Nation à temps. J’appelle mon frère, lui explique la situation : « Je ne sais pas où je suis dans les couloirs, je ne vois pas les rames du métro. Si je ne vois rien d’ici 5min, est-ce que tu peux me rejoindre à mi chemin avec ton vélo pour me le prêter ? ». Au finale, 2 minutes après, je vois enfin les rames du métro, elles ne sont plus si loin. J’écris à Etienne, ça devrait le faire. J’arrive enfin sur le quai, puis dans le wagon.
9h00 : Je suis enfin à Nation. 9h05 : je commence à faire la queue à la sécurité devant l’ambassade américaine. Je suis arrivée à temps. Je souffle enfin. J’ai chaud, je suis en sueur, et je n’ai même pas mangé le p’tit déj que j’ai emporté. Je ne le mangerai d’ailleurs jamais, la sécurité me l’a fait jeter. Quel gaspillage…

Une fois la sécurité extérieure passée, un deuxième poste de sécurité reste à franchir. Ici, on nous fait déposer tout objet électronique et/ou supposé dangereux : téléphone, clefs USB, câble de vélo… (Attention, les ordinateurs ne sont pas autorisés et ne sont pas non plus gardés. Mieux vaut venir sans). Je récupérerai le tout à ma sortie.
Prochaine étape : la queue pour un 1er guichet. 25 minutes d’attentes environ. Ici, on me demande mon passeport et une photo. Je dois fournir mes empreintes digitales de chaque main. À peine 1 minute et on m’envoie faire la queue vers un 2ème guichet. Encore 5 minutes d’attente. J’arrive devant une femme qui me semble bienveillante. Elle me demande mon passeport et mes empreintes de la main gauche. S’en suit un entretien de 3 minutes :

« – Pourquoi venez-vous aux Etats-Unis ?
– Pour marcher sur le Pacific Crest Trail, c’est un chemin de randonnée sur la côté Ouest des Etats-Unis.
– Êtes-vous déjà venu aux Etats-Unis ?
– Oui, deux fois.
– Quand était la dernière fois ?
– Il y a 4 ans.
– Quel travail faites vous ?
– Je suis enseignante.
– Depuis combien de temps ?
– Depuis 1 an, c’est ma 2e année.
– Vous allez donc prendre un congé sabbatique ?
– Oui.
– Pouvez-vous m’expliquer un peu plus votre projet ? »
Je sors la carte que j’avais imprimée, et mime le tracé du chemin tout en lui expliquant :
« – C’est un chemin qui prend son départ à Campo, à la frontière mexicaine. Je traverserai les déserts de la Californie du Sud, puis la Sierra Nevada, l’Oregon et l’Etat de Washington pour finalement arriver à Manning Pass au Canada. Ca prend environ 5 mois de marche.
– Avez vous déjà l’autorisation d’entrée sur le territoire canadien ?
– Non pas encore, je préférais d’abord demander le visa américain.
– Et combien de budget avez-vous besoin pour ce projet ?
– J’estime dépenser environ 500€ par mois et 600€ pour le billet d’avion. Et à ça il faudra ajouter une assurance.
– Comptez-vous travailler pendant votre séjour aux Etats-Unis ?
– Non.
– Vous partez toute seule ou bien accompagnée ?
– Je pars avec une amie. D’ailleurs, elle a également son RDV pour sa demande de visa ce matin.
– Votre visa est accordé. Attention, si vous travaillez illégalement ou si vous dépassez la durée légale de votre séjour aux Etats-Unis, vous risquez d’être interdit de séjour par la suite. Vous comprenez ces risques ?
– Oui. Merci et bonne journée !
– Bye ! »

Hallelujah ! J’ai mon Visa ! Quel soulagement après tant de péripéties !
Mais des péripéties, il y en aura encore…

Je sors de l’ambassade, et qui je vois qui sort tout juste du premier poste de sécurité !? Aurore ! Elle a son RDV 45 minutes après moi. Je lui annonce la bonne nouvelle et lui souhaite bonne chance. Je rejoins Antoine de l’autre côté de la rue, et nous patientons ensemble.
Un jeune tahitien, venu également pour un visa, nous demande de garder son ordinateur. Le seul moyen pour lui d’entrer à l’ambassade… Nous le gardons, et en même temps, nous rigolons à propos de créer un business de consignes à côté de l’ambassade. Parce que, malgré les avertissements sur le site de l’ambassade, beaucoup viennent avec leur ordinateur et se retrouvent bien embêtés.
45 minutes plus tard, Aurore arrive au loin. Elle a la tête à demi baissée.. Oh ! oh !… Dans ma tête, je me dis qu’elle va nous faire une blague… Elle s’approche, le regard triste, et nous annonce qu’elle n’a pas son visa. Catastrophe pour notre projet PCT à deux !

En attendans de rendre l’ordinateur au tahitien, nous essayons tant bien que mal de relativiser. Aurore nous raconte le déroulement de son entretien et les questions qui lui ont été posées :
« – Pourquoi venez-vous aux Etats-Unis ?
– Pour marcher sur le Pacific Crest Trail, c’est un chemin de randonner sur la côte Ouest… »
Le gars l’écoute à peine…
« – Quelle est votre profession ?
– Ingénieur informatique.
– Depuis quand êtes-vous dans votre boîte actuelle ?
– Depuis environ 2 ans.
– Comment allez-vous financer votre séjour ?
– J’ai mis de l’argent de côté : *****€.
– Quelle est votre situation maritale ?
– Célibataire » (sous-entendu aux yeux de l’Etat).
« – Votre visa est refusé. »

C’est une douche froide pour Aurore. Et j’avoue que je tombe de haut également. D’après tout ce que nous avions pu lire sur le sujet, si tu précisais que tu venais pour le PCT, le visa était dans la poche. Pas cette fois…
Apparemment, Aurore n’aurait pas montré assez de preuves de son retour en France. Et pourtant elle en a des preuves ! Mais avec ces 5 pauvres questions que voulez-vous qu’elle prouve !?

L’ordinateur rendu à son propriétaire, nous nous mettons en marche pour nous poser dans un café. Antoine prend un café, Aurore et moi prenons un chocolat viennois. Hummm ! Un peu de réconfort.
Aurore décide de retenter sa chance et de reprendre un RDV à l’ambassade. Il n’y a pas de raison qu’elle n’ai pas son visa. La prochaine fois, elle sera bien préparée. Et montrera tout de suite ce qui intéressent les agents de l’ambassade.

Allez, on croise les doigts Aurore !
On la fera ensemble cette rando !

– Manu


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